Par Gérard Fontaine

Comme les souverains, comme certaines dynasties d’artistes, on les numérote; Victor Fosado I travailla pour Fred Davis, le grand-père fondateur de l’argenterie mexicaine du XXe s. dont je vous parlais dans la précédente Rêvista; son fils, Victor Fosado II, avait tous les talents et les a tous illustrés – sculpteur, musicien, acteur et, avant tout, l’un des orfèvres mexicains les plus doués de sa génération -; quant au petit-fils, Victor Fosado III, il poursuit à Cancun la tradition familiale de joaillerie de haute création.

Ils furent l’une des sensations de la récente exposition que la Fondation Banamex a consacrée à l’argenterie mexicaine moderne et contemporaine au Palacio de Iturbe puis au Museo Amparo de Puebla; ils vont constituer l’un des clous des collections du MAP (Museo de Arte Popular), qui vient d’acquérir un fonds considérable (500 pièces) d’oeuvres de cette famille de créateurs surdoués. Le grand public peut enfin découvrir l’importance, l’influence et l’ampleur de cette dynastie artistique; bien sûr, les connaisseurs n’en sont pas étonnés; les Français, en particulier, avaient eu le privilège d’admirer l’imposante collection de joyaux de Victor Fosado II qu’avait réuni la regrettée Mercedes Iturbe (1947 – 2007) – grand expert d’art contemporain qui dirigea pendant dix ans l’Instituto de México à Paris avant de prendre la direction du Museo del Palacio de Bellas Artes; la très belle Mercedes avait rencontré son complément naturel dans ces “sculptures portables” – comme les appelait leur auteur; et, que ce soit à Paris ou à Mexico, elle faisait sensation lorsqu’elle les arborait dans les événements de la vie artistique et mondaine. Avec son aide, Victor Fosado donnait le démenti à Salvador Dali, qui prétendait que le moins qu’on puisse demander à une sculpture, c’est qu’elle ne bouge pas.

1 - Victor Fosado II, Collier. Argent et colorines (graines, rouges de couleur très vive à l'origine, devenues bruns-rouge sombre avec le temps); monté sur une chaînette en argent centrale, il alterne 30 colorines et 27 pendentifs d'inspiration florale se terminant également par un colorín. L. totale: 48,5 cm. H des pendentifs: 3,5 cm. Poids: 106,3 gr. Ce travail inspiré de l'art populaire fut acheté directement à l'artiste par la propriétaire actuelle en 1969-70. Col. privée, Cuernavaca.

1 – Victor Fosado II, Collier. Argent et colorines (graines, rouges de couleur très vive à l’origine, devenues bruns-rouge sombre avec le temps); monté sur une chaînette en argent centrale, il alterne 30 colorines et 27 pendentifs d’inspiration florale se terminant également par un colorín. L. totale: 48,5 cm. H des pendentifs: 3,5 cm. Poids: 106,3 gr. Ce travail inspiré de l’art populaire fut acheté directement à l’artiste par la propriétaire actuelle en 1969-70. Col. privée, Cuernavaca.

Oui, douée, cette famille l’est; le premier à s’être illustré dans le monde de l’orfèvrerie fut Victor Fosado I (1901-1994). Il était un artiste très complet, à la fois peintre, sculpteur et orfèvre. Au début des années trente, il fit une rencontre décisive, celle de Fred Davis. Celui-ci commençait à travailler pour Frank Sanborn, qu’il allait bientôt rejoindre en 1935 pour prendre la direction du département d’antiquités, arts et artisanat de son grand magasin de la Casa de los Azulejos; avec le retour des touristes – des Américains du nord en particulier -, son réseau de vente de la Sonora News Company était prospère et sa galerie de la calle Francisco Madero était devenue un rendez-vous de l’élite intellectuelle et artistique mexicaine; Fred Davis avait grand besoin de coéquipiers de valeur pour satisfaire une demande à la fois croissante et exigeante. Son association avec Victor Fosado I fut un grand succès – à tel point que certains experts n’hésitent pas à considérer que ce dernier, non seulement réalisa, mais aussi dessina une partie de pièces que Davis se serait contenté de marquer de son poinçon.

Dans les années 1940 toutefois, Victor Fosado I éprouva sans doute le besoin de prendre un peu de champ; il fonda à Mexico une galerie d’art populaire mexicain, “Victor”; celle-ci existe toujours1: elle fut réinstallée entre 1954 et 1957 avec l’aide de son fils Victor Fosado II; elle est tenue désormais par sa fille Pilar Fosado y Vasquez, en association avec Irene Ortega Castañeda.
Victor Fosado I eut plusieurs enfants; son fils aîné, Víctor Fosado y Vázquez, dit Victor Fosado II, naquit à Mexico le 7 VII 1931. Son métier véritable était celui d’orfèvre, mais il était d’abord un artiste, un créateur dont la sensibilité pouvait s’exprimer par des voies très différentes.

2 - Victor Fosado II, "Escultura portante". Argent sterling 925 et jadéite. Ce pendentif est constitué par un réseau de rubans d’argent encadrant une main tenant un coeur de jadéite. H.: 12 cm.; l.: 7,5 cm.; poids: 30 gr. Années 60. Victor Fosado II est particulièrement célèbre pour ces bijouxsculptures, pièces uniques généralement inspirées par les pierres et autres éléments entrant dans leur composition. Col. privée, Mexico.

2 – Victor Fosado II, “Escultura portante”. Argent sterling 925 et jadéite. Ce pendentif est constitué par un réseau de rubans d’argent encadrant une main tenant un coeur de jadéite. H.: 12 cm.; l.: 7,5 cm.; poids: 30 gr. Années 60. Victor Fosado II est particulièrement célèbre pour ces bijouxsculptures, pièces uniques généralement inspirées par les pierres et autres éléments entrant dans leur composition. Col. privée, Mexico.

Après une formation très diversifiée acquise, entre autres, entre 1944 et 1948 dans l’atelier d’orfèvrerie, de sculpture et de restauration de son père, auprès de Damaso Leal et de Teodoro Flores (qui l’initient aux techniques de fonte des métaux et à la joaillerie), auprès du peintre Enrique Echeverria (entre 1953 et 1957) et du sculpteur Ignacio Flores Arias (de 1964 à 1967), il travaille à partir de 1950 pour le nouveau Museo Nacional de Artes y Industrias Populares dont Fred Davis assure la direction depuis 1948 et dont son père est administrateur; là, il s’attache à promouvoir les arts et traditions de toutes les régions du Mexique, en particulier à l’étranger. À Mexico même, il appartient au groupe d’artistes qui fondèrent, au début des années 60, le Bazar del Sabado de San Angel où il exposera son travail pendant douze ans. Il arrive à Paris en 1963, à l’occasion d’une exposition du graveur José Guadalupe Posada dont il est le commissaire et s’y lie, notamment, avec le groupe surréaliste, avec Corneille, avec Alechinsky, etc. Dans les années 67 et suivantes, il ouvre à Mexico la Galerie Victor Fosado et le café artistique Las Musas et expose à la Foire mondiale de New-York; ses activités se diversifient de plus en plus; cinéma, musique, mise en scène de théâtre s’ajoutent à ses activités habituelles d’organisateur et de commissaire d’expositions et, bien sûr, d’orfèvre (son atelier était installé calle de Filomeno Mata, dans le Centre historique); largement nourri par l’art préhispanique, son travail s’inscrit dans le courant surréaliste.

En 1975, il part pour Cancun et y installe son atelier, Los Aluxes; il y ouvre aussi une filiale de la galerie “Victor”, dirigée désormais par sa soeur Pilar. À cette époque, sa carrière s’internationalise de plus en plus et il est invité dans le monde entier sur les projets les plus divers. Il meurt à Cancun le 2 octobre 2002.

Toutefois, à Cancun comme à Mexico, la saga familiale continue. Avec son épouse Nedda, Victor Fosado II eut, en effet, trois enfants; outre les célèbres jumelles Paolina et Malinali Fosado (nées en 1965), qui ont créé la maison de couture qui porte leur nom et continuent d’assurer la présence familiale au Bazar del Sabado, son fils aîné, Victor Carlos Fosado III, a repris le flambeau de l’orfèvrerie d’argent.

Né en 1960, après une solide formation en arts plastiques (dessin, xilographie, gravure, orfèvrerie, design…), en particulier auprès de son père, et des activités très diversifiées, il poursuit aujourd’hui l’oeuvre de ce dernier, dont il a repris l’atelier à Cancun. Il participe à de nombreuses expositions collectives ou individuelles tant au Mexique qu’à l’étranger; on peut mesurer sur internet (portfotolio.net/victor_fosado) l’ampleur de son travail.

3 - Victor Fosado III, Del Refinamiento a la Introspección. Sculpture portable, argent 950 forgé à la main, martelé et bruni et améthyste. Pièce unique, 2008. Col. Grisselle Servín Guiot, México. Copyright victorfosado@yahoo.com.mx. Photo Alfredo Rivas.

3 – Victor Fosado III, Del Refinamiento a la Introspección. Sculpture portable, argent 950 forgé à la main, martelé et bruni et améthyste. Pièce unique, 2008. Col. Grisselle Servín Guiot, México. Copyright victorfosado@yahoo.com.mx. Photo Alfredo Rivas.